Sâdhou Sundar Singh

Sâdhou Sundar Singh (1889-1929)


Le Sâdhou Sundar Singh

(par Émile Besson, articles du bulletin des A. S. septembre/octobre 1924).

 

I. - Sa Vie

Sundar Singh est un Hindou converti au christianisme et qui exerce actuellement son activité apostolique non seulement parmi les populations non chrétiennes de I'Inde, mais par toute la terre. Il nous a paru intéressant de résumer la vie et l'enseignement d'un apôtre chrétien appartenant à une des races qui semblent le plus constitutionnellement incapables de saisir l'idée de la divinité absolue de Jésus-Christ (1).

Sundar Singh (2) est né le 3 septembre 1889 à Rampur, dans l'Etat de Patiala, au Nord de l'Inde; il appartient à la race des Sikhs; il est le dernier fils du Sirdar Sher Singh, homme riche et considéré, qui l'éleva dans le luxe et lui fit donner une solide instruction. Sa mère, qui est morte lorsqu'il avait quatorze ans et pour qui il conserve un véritable culte, lui avait fait connaître les livres sacrés hindous, notamment la Bhagavad-Gita (3) et l'Adi-Granth (4). A seize ans, il connaissait les Upanishads et le Coran. Il fut mis en contact avec l'Evangile par des missionnaires presbytériens américains à l'école desquels il avait été envoyé; l'enseignement qu'il reçut là bouleversait tout ce qu'il avait appris jusqu'alors, aussi lui fut-il dès l'abord profondément hostile; il déchira et brûla une Bible qui lui avait été offerte. Mais le trouble persistait en lui ; il avait soif d'une certitude ; un soir de décembre 1904 il résolut de mettre un terme à ses luttes intérieures et de trouver la paix immédiatement ou dans la mort. Il se mit à prier dans sa chambre, décidé, s'il ne trouvait pas le repos du cœur, à mettre sa tête sur le rail du chemin de fer, au fond du jardin paternel, où l'express de Ludhiana passait à cinq heures du matin. A quatre heures et demie il vit une grande lumière et dans cette lumière la forme du Christ et il entendit une voix qui lui disait : « Jusqu'à quand me persécuteras-tu? je suis mort pour toi, je suis le Sauveur du monde. » Alors il comprit que le Christ est vivant, pensée qui lui paraissait jusqu'alors inadmissible, et la paix entra en lui.

Sa famille n'accepta pas qu'il voulut abandonner la religion des ancêtres pour embrasser celle de Jésus. Son père lui représenta la honte qui rejaillirait sur tous les siens s'il persistait dans sa résolution; un oncle lui promit toutes ses richesses - qui étaient considérables - s'il demeurait avec eux. Rien n'y fit. Alors son père le déshérita et le déclara « hors caste », ce qui, pour un Hindou, est la déchéance suprême; l'école chrétienne persécutée dut quitter le pays, laissant Sundar seul avec un camarade Sikh qui avait aussi embrassé la foi du Christ. En signe de rupture définitive avec sa race, il coupa sa chevelure, pratique que le Granth interdit aux Sikhs. On lui servit ses repas hors de la maison comme à un paria, puis il fut chassé du foyer paternel après avoir été empoisonné dans le dernier repas qui lui fut donné. Son ami fut également empoisonné par les siens et mourut. Sundar se réfugia à Ropur chez des chrétiens qui le soignèrent. Son père fit une suprême tentative pour le reprendre; il lui parla avec tendresse, évoqua le Souvenir de sa mère ; mais le jeune homme demeura inébranlable dans sa résolution de servir le Christ tout le temps qu'il lui resterait à vivre.

Le jour anniversaire de ses seize ans, le 3 septembre 1905, il fut baptisé à Simla, dans l'Himalaya. Trente-trois jours après, il résolut de vivre en sâdhou. Le sâdhou porte une robe couleur safran, costume consacré par les siècles, et s'en va, sans foyer et sans argent, vivant d'austérités et d'aumônes ; son costume lui ouvre la porte de toutes les castes et de toutes les classes, même celle des zénanas ou gynécées où il a pu à maintes reprises parler du Christ aux grandes dames du pays. Sur la terre glacée du Tibet comme sur le sol torride de Ceylan il marche pieds nus et conserve le même vêtement et les mêmes habitudes de pauvreté ; il n'emporte avec lui que son Nouveau Testament en langue ourdou.

Il commença à prêcher l'Evangile dans son village natal, puis dans les autres bourgs de sa province du Penjab; ensuite il alla vers l'Afghanistan, le Béloutchistan et le Cachemire. Mais il n'était pas préparé à cette existence itinérante et il souffrit beaucoup du froid et des privations, sans parler de douloureuses mortifications; il connut de terribles luttes intérieures, notamment la tentation de retourner vivre dans la maison paternelle l'existence d'un homme de son rang; mais il ne se laissa jamais détourner de son apostolat.

En 1906 il rencontra un Américain, M. Stokes, qui, pendant un an, se joignit à lui et lui fit connaître saint François d'Assise pour qui il avait une grande vénération bientôt partagée par le Sâdhou. Ils prêchèrent l'Evangile aux lépreux de Sabathu et aux pestiférés de Lahore. Resté seul, Sundar fit en 1908 un premier voyage au Tibet (5). Puis il voulut parfaire sa préparation et fit deux ans d'études au collège Saint-Jean à Lahore (1909-1910).

Il refusa toujours les titres qu'on lui proposa; il ne voulut être qu'un témoin du Christ. Il renvoya à l'évêque anglican la licence de prêcher que celui-ci lui avait donnée, expliquant qu'il voulait annoncer l'Evangile là où Dieu l'enverrait. En 1912 il parcourut le Bengale. Il résolut alors de jeûner pendant quarante jours et quarante nuits; il se retira dans la jungle et passa ce temps à converser avec le Christ. A mesure que ses forces physiques déclinaient, son esprit se trouvait vivifié et sa dépendance vis-à-vis de Dieu lui fut révélée, chassant à jamais les doutes qui avaient pu l'assaillir. Des forestiers le rencontrèrent complètement épuisé et le transportèrent à Dehra Dun puis à Annfield où il fut soigné.

En 1913 et 1914 il parcourut le Sikkim, le Bhutan, le Népal où il fut supplicié (6). Puis il retourna au Tibet. Là il fut persécuté, emprisonné. A Rasar, après lui avoir cassé le bras gauche pour qu'il ne puisse pas s'enfuir, on le jeta dans un puits desséché profond de quarante pieds, dont le couvercle métallique fut cadenassé ; il resta couché sur des cadavres en putréfaction, attendant lui aussi la mort. La troisième nuit, il fut retiré de sa prison sans pouvoir même apercevoir son sauveteur. Lorsqu'il fut dehors, il se rendit compte que son bras était guéri ; arrêté, il fut reconduit devant le lama qui l'avait condamné et celui-ci retrouva dans sa propre ceinture l'unique clé fermant le couvercle de la basse-fosse. Effrayé, il pria alors le Sâdhou de quitter la ville.

Ensuite Sundar prêcha dans le Sud de l'Inde, à Ceylan, en Birmanie, en Chine, au Japon. En 1918 il visita l'Amérique et l'Europe. En octobre 1919 il retourna à Rampur ; il y avait quatorze ans qu'il n'avait pas revu son père ; celui-ci le convertit et Sundar le baptisa.

En 1920 Sundar Singh alla en Angleterre où le directeur du Collège missionnaire de Selly Oak a dit de lui : « Il n'est pas seulement au-dessus des nationalités, mais aussi au-dessus des églises; il ne trouve aucun intérêt à tous nos ismes. » En mars il s'arrêta à Paris, puis visita l'Irlande et l'Ecosse; à Londres il parla à l'Albert Hall devant 10.000 personnes; il alla ensuite aux Etats-Unis, en Australie, en Palestine où il avait souvent désiré de se rendre. En 1922 il parcourut la Suisse, l'Allemagne, la Suède. Actuellement il poursuit aux Indes ses pérégrinations apostoliques.

Dans un prochain article nous exposerons brièvement sa doctrine.


II. - Son Enseignement (7)

(A. S. Novembre 1924)

Nous avons vu que Sundar Singh est très jaloux de son indépendance. A maintes reprises il a déclaré qu'il ne se rattache à aucune église. S'il parle fréquemment dans les sanctuaires protestants, ce n'est pas du tout qu'il appartienne au protestantisme, c'est simplement parce que les missionnaires et les pasteurs protestants lui ouvrent leurs églises, ce que ne font pas les missionnaires et les prêtres catholiques (8). Au surplus, il dit souvent : « Une société, une église n'est pas le christianisme ; le christianisme, c'est le Christ Lui-même. » A ses yeux l'appartenance à une église est chose secondaire; Dieu instruit directement ceux qui se sont entièrement donnés à Lui.

De même, il n'a jamais voulu faire de politique. La seule intervention qu'il se permette dans le domaine politique est la lutte contre l'esprit de caste et encore son opposition est-elle déterminée par le motif, tout religieux, que l'esprit de caste s'oppose à l'expansion du Royaume de Dieu.

Sa prédication (9) est simple, concise, imagée, directe, sans aucune recherche de style ou d'effet oratoire, avec le minimum d'éléments doctrinaux. Elle jaillit de son cœur, de sa méditation assidue de l'Evangile et de sa propre expérience religieuse. La forme est toujours improvisée, le fond est préparé dans le recueillement et dans la prière. Sa voix porte très loin et sans effort apparent. En février 1918, dans le Travancore septentrional, il parla devant 32.000 auditeurs et jusqu'aux derniers rangs il fut parfaitement entendu.

La seule base de son enseignement, c'est la croyance à la divinité essentielle du Christ, Verbe de Dieu, Fils unique du Père, ressuscité et vivant à jamais. Il déclare : « Ceux qui nient la divinité du Christ apportent du poison au lieu de nourriture spirituelle. » La résurrection a pour lui une importance capitale : «Si le Christ n'était pas ressuscité, dit-il, le christianisme n'aurait rien eu à apporter au monde de plus que les autres religions ; c'est le Christ vivant qui constitue le christianisme. »

Quant au dogme de la Trinité, il explique sa pensée par une comparaison : le soleil émet de la lumière et de la chaleur; la lumière n'est pas le soleil, mais elle en provient et en est inséparable ; de même la chaleur n'est ni la lumière ni le soleil, mais elle dépend de lui comme la lumière. Soleil, lumière, chaleur ; Dieu, le Christ, le Saint-Esprit.

Sa doctrine est fondée sur le Nouveau Testament, sur l'Evangile en particulier. L'Ancien Testament a pour lui une grande valeur, mais dans le sens de la préparation à la venue du Christ (10).

Toutefois, à côté du Nouveau Testament, il a une prédilection pour les œuvres de saint François et pour l'Imitation de Jésus-Christ. « Lorsque je lis saint François d'Assise ou Thomas à Kempis, ils sont pour moi comme des frères aînés, ayant eu la même foi. J'ai beaucoup appris à leur contact, aussi bien qu'à celui des saints de l'Orient, car ils disent les mêmes choses, chacun à leur manière ; ils ont tous trouvé la vérité en Christ. Les saints d'aujourd'hui me sont précieux aussi et j'apprends beaucoup en les fréquentant ;... j'apprends aussi de mes frères d'Occident. »

Il croit à l'efficacité des sacrements, encore qu'il laisse de côté l'élément rituel du culte pour mettre au premier plan l'union du cœur avec le Christ. Il communie dans toutes les églises chrétiennes, depuis l'anglicane jusqu'à la non-conformiste ; il communierait dans l'église catholique, si celle-ci le lui permettait. Toutefois il ne croit pas à la transsubstantiation (11). Il baptise rarement, mais il fait baptiser tous ses convertis.

La foi au Christ et l'amour pour Lui Sont le fondement de la vie chrétienne. « Christ est mon Sauveur. Il est ma vie. Il m'est tout au ciel et sur terre. Sa présence me donne une paix qui dépasse toute intelligence, en quelque circonstance que je sois placé. Dans la persécution j'ai trouvé paix, joie et bonheur; rien n'a pu m'arracher la joie que j'ai trouvée en mon Sauveur. »

La prière est une union avec Dieu et non une demande ; la prière, c'est dire à Dieu : Que Ta volonté soit faite ! Par la prière nous apprenons à connaître Dieu. Sundar Singh consacre à la prière plusieurs heures chaque matin ; souvent il passe toute la nuit en oraison. Il a parfois des extases et des visions; mais il distingue celles-ci de la vision du Christ qui a déterminé sa vie chrétienne et son apostolat : cette dernière a été perçue par ses sens corporels, tandis que les autres ne sont perçues que par ses sens spirituels.

Ses visions portent souvent sur la vie future. Il voit trois ciels : 1° la paix de l'âme qui vit tout près du Christ ; 2° l'antichambre du Ciel proprement dit : les élus ne voient pas encore le Christ, mais sentent Sa présence ; 3° la présence définitive de Dieu.

Les religions païennes ne sont à ses yeux qu'une tentative de rapprocher l'âme humaine du Dieu unique. « Elles ont creusé des canaux, mais n'ont pas d'eau à y faire couler; toutefois dans ces canaux l'eau vive du Christ a pu couler plus tard. »
Il rejette la notion panthéiste de l'identité de l'esprit humain et de l'Esprit divin ; il rejette aussi la doctrine hindoue du Karma, la rétribution automatique et implacable (12); il enseigne que le péché produit la mort, mais ce n'est pas Dieu qui condamne, c'est l'homme qui s'exclut de la Lumière.

Sundar Singh professe que l'intellectualisme fait du tort à la religion qui est affaire d'amour et non de connaissance. Ceux-là seuls qui donnent leur cœur à Dieu peuvent comprendre la vérité. Il ne veut pas que l'on étudie les Ecritures dans un esprit critique (13); l'étude de l'Evangile, aime-t-il à répéter, doit se faire aux pieds de Jésus, dans la prière et l'acceptation de la souffrance (14). Et il ajoute : « Le plus grand miracle de ce monde, c'est la paix du cœur ; le Christ seul peut la donner. »

Très prudent, il ne cherche pas à se créer des imitateurs; il déclare que nul ne doit affronter la vie de sâdhou sans un appel précis de Dieu. Les conseils qu'il donne sont toujours pleins de bon sens, toujours en rapport avec les besoins de ceux qui l'interrogent.

Des malades en grand nombre ont été guéris par ses prières. Mais à ceux qui implorent sa bénédiction il répond invariablement : « Comment ces mains pourraient-elles bénir, elles qui ont déchiré et brûlé la Parole de Dieu ? »

Tel est cet homme, d'une humilité profonde, dont la vie intérieure se traduit sur son visage par un intense rayonnement, et dont un Hindou disait récemment : « Il proclame son message avec la flamme d'un prophète et l'autorité d'un apôtre ; il nous apparaît comme le symbole de la culture orientale illuminée par la splendeur de l'Evangile. "


(1) On a beaucoup écrit sur le Sâdhou. Citons en particulier : Mrs ARTHUR PARKER : Sâdhou Sundar Singh, called of God, Londres 1919, traduit en français par Ch. Rochedieu sous le titre : Un apôtre chrétien, le Sâdhou Sundar Singh, 5ème édition, Lausanne 1922. -
B. H. STREETER et A. J. APPASAMY : The Sadhu ; a study in mysticism and pratiical Religion. Londres 1921.

(2) Singh signifie lion ; c'est le nom générique des Sikhs. Ceux-ci ont été à l'origine d'une secte réformatrice, désireuse de remettre en honneur un culte plus simple et plus pur ; puis ils se sont organisés en puissance militaire afin de résister aux persécutions. Le premier gourou (maître) qui ait enseigné la religion aux Sikhs est Nânak (1469-1538) ; ses disciples formèrent une secte distincte sous le nom de Sikhs ou Disciples. Le dernier des dix grands chefs ou pontifes Sikhs, Har Govind (mort en 1708), a donné à ses compagnons le surnom de Singh.

(3) La Bhagavad Gita ou Chant du Bienheureux est un poème philosophique et religieux faisant partie de la grande épopée, le Mahabharata.

(4) ou Livre par excellence, livre sacré des Sikhs ; c'est un mélange de spéculations hindoues et de principes musulmans. Plusieurs chapitres ont été écrits par Nânak, d'autres par Govind Singh, le neuvième successeur de Nânak.

(5) Aller prêcher l'Evangile au Tibet était un acte d'un incontestable héroïsme : dans ce pays strictement fermé la prédication d'une religion différente du lamaïsme bouddhique était prohibée, sous les peines les plus graves. Un Sikh, comme lui de l'Etat de Patiala, nommé Kartar Singh, d'une famille riche également, y prêcha l'Evangile et mourut martyr, après trois jours de tortures inouïes.

(6) On le mena sur la place du marché, au milieu d'un grand concours de peuple ; on le dépouilla de
ses vêtements et on le fit asseoir sur le sol, ses pieds et ses mains fixés dans des ceps et des sangsues appliquées sur tout son corps nu. Il resta ainsi toute la journée et toute la nuit. En racontant ce martyre, il ajouta : « Je ne sais comment cela s'est fait, mais j'avais le cœur si plein de joie que je ne pouvais m'empêcher de chanter et de prêcher. » Et aussi : « La présence du Christ a changé ma prison en paradis ; qu'en sera-t-il donc au ciel ? »

(7) Il se trouve notamment dans Par Christ et pour Christ 2ème éd. Lausanne 1923, recueil de discours prononcés par Sundar singh en suisse en mar 1922, et dans Aux pieds du Maître (entretiens du Christ et d'un disciple) Lausanne 1924.

(8) cf. Léonce de Grandmaison : Le Sâdhou Sundar Singh et le problème de la Sainteté hors de l'Eglise catholique dans les Recherches de Science religieuse, 1922.

(9) Il répète sans cesse : « Je ne prêche pas, je ne fais que rendre témoignage à mon Maître. »

(10) « L'Ancien Testament parle de Celui qui doit venir ; le Nouveau Testament parle de Celui qui est venu. »

(11) « Je ne crois uns que le pain et le vin soient réellement transformés au corps et au sang du Christ, mais leur effet sur le croyant est le même que si la conversion était réelle. »

(12) De même il repousse la doctrine hindoue du salut atteint par l'extinction du désir. « Il en est qui affirment que le salut consiste à tuer tout désir. N'est-ce pas tout aussi insensé que de dire à un homme qui meurt de soif, qu'il doit tuer la soif ? La soif, comme le désir, est de ce monde. La tuer, la supprimer plutôt que l'étancher, l'apaiser, c'est détruire la vie. Ce n'est pas le salut, mais la mort.»

(13) « Nous sommes fatigués de religion, fatigués d'enseignement, fatigués de philosophie ; il nous faut le Christ vivant. » - « Au séminaire, j'ai appris des choses bonnes pour la vie de ce monde, mais les leçons de la vie spirituelle, je les ai reçues aux pieds du Maître. Ce n'est pas que je sois opposé à tout enseignement, mais l'enseignement sans la vie est dangereux. » - « J'ai rencontré un Sabyasi hindou qui disait que la connaissance était nécessaire au salut ; je lui ai répondu que, pour apaiser la soif, il est nécessaire d'avoir de l'eau, mais non pas de savoir qu'elle se compose d'hydrogène et d'oxygène. » - « Le cœur est le temple de Dieu et quand le cœur est rempli de la présence de Dieu, le cerveau aussi en est illuminé. »

(14) Chaque fois que j'ai eu à souffrir pour mon Sauveur, j'ai trouvé le ciel sur la terre, c'est-à-dire une joie merveilleuse que je ne trouve qu'alors. La source de cette joie, c'est la présence du Christ ; elle est aussi lumineuse que le soleil en plein midi ; personne ne peut m'enlever cette joie. » - « La souffrance n'était souffrance que lorsque je n'étais pas chrétien et que je ne possédais pas la paix de l'âme. » - « Notre joie sera plus douce que celle des anges, car ils possèdent la joie sans avoir passé par la souffrance. »

 


PAR CHRIST ET POUR CHRIST
DISCOURS DU SADHOU SUNDAR SINGH (avec un avant-propos)
DEUXIÈME ÉDITION, deuxième et troisième mille.
ÉDITÉ PAR LE SECRÉTARIAT DE LA MISSION SUISSE AUX INDES
LAUSANNE - RUE DE BOURG 35
1923. AVANT-PROPOS
Le Sâdhou Sundar Singh en Suisse.


Lorsque Sundar Singh fit, en Angleterre, son premier voyage, au printemps 1920, le Comité suisse pour la Mission aux Indes reçut de M. Paton, secrétaire de l'Association chrétienne des Etudiants, l'organisateur de son voyage, la
suggestion de l'inviter, pour encourager les amis des missions. Sundar Singh vint sur le continent, fit un rapide séjour à Paris, à la Maison des Missions, mais ne put pousser jusqu'en Suisse, car les invitations des Etats-Unis l'emportèrent. La
nouvelle de sa visite s'était répandue et l'on éprouva une déception â le voir s'éloigner ; le livre de Mme Parker, rapporté des Indes par le Dr de Benoit et traduit en français par M. Ch. Rochedieu, avait provoqué une vive émotion. Le
sâdhou promit alors que, s'il avait l'occasion de revenir en Occident, il se souviendrait des amis des missions en Suisse.
Ce projet se réalisa enfin en mars 1922. Le lundi 27 février, à deux heures et demie de l'après midi, le Bureau de la Mission aux Indes, MM. les pasteurs de Haller, Métraux et Secretan, et quelques amis attendaient à Lausanne l'arrivée de l'express de Genève ; la veille, le dimanche 26, le sâdhou avait débarqué à 6 h du matin à Marseille, arrivant de Palestine où il avait enfin pu réaliser un rêve longtemps caressé. A Marseille, M. le pasteur Hug lui avait préparé deux cultes, l'un à l'Eglise suisse, le matin, l'autre à l'Eglise réformée de France, le soir. Le sâdhou voyagea ensuite toute la nuit et fut accueilli en chemin, au nom du Comité suisse, par M. le pasteur Francis Joseph.
A Lausanne, on n'était pas sans inquiétude. Que serait cette tournée d'évangélisation et de mission dont toutes les allocutions devaient être traduites ? On disait le sâdhou difficile à traduire ; lui-même doit d'abord penser en hindoustani, puis parler en anglais. Cet apôtre de l'Inde n'aurait-il pas des idées, des procédés qui heurteraient nos habitudes routinières et nuiraient à son message ? Il descend de wagon grand élancé, coiffé de son turban, un peu lent dans ses mouvements, les yeux à demi clos, comme un homme qui s'avance sur un terrain inconnu, se laissant conduire par un Guide invisible, pour éviter tout faux pas. Les présentations sont faites ; un souhait de bienvenue et de bénédiction ; un aimable sourire ; point d'effusions; et c'est tout. Le sâdhou est installé dans une automobile et conduit à Chailly, où la maison du Dr de Benoit lui est ouverte, mais il n'a pas un regard pour la ville, les montagnes, pas un mot pour son entourage ; il vit en dedans. Nous sommes déjà rassurés.
A cinq heures du soir, nous nous retrouvons avec le plan de campagne dressé pour le mois de mars à travers la Suisse ; la carte est sûr la table. Au bout d'un instant, le sâdhou a compris , il n'a pas pris de notes, mais les dates et les lieux sont dans son esprit Il accepte notre plan, qui lui avait été soumis dans ses grandes lignes avant son départ des Indes, mais il fait biffer certaines réunions : « Ne me faites pas parler plus d'une fois par jour, sauf le dimanche; ce n'est pas la même chose que de donner une leçon à l'école; cela de viendrait une affaire, comme de mettre des lettres à la poste, et il n'y aurait pas de bénédictions ; or nous voulons du fruit... » Nous prions ensemble. Il prie comme nous, simplement. Nous sommes tout à fait rassurés et heureux.

Le lendemain de son arrivée, le 28 février, le sâdhou commença ses réunions au temple de Bienne, où d'emblée il fit la conquête de ses auditeurs ; d'emblée aussi, ils se pressèrent par milliers autour de lui. Son premier texte fut : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés. » Le 1er mars, il s'arrêta à Tavannes, localité centrale du jura bernois ; les pasteurs de la région l'attendaient et furent gagnés par l'à-propos, la bonne grâce, la profondeur de ses réponses. Le bruit de sa venue s'était répandu ; il fut impossible de loger les visiteurs de Tavannes et des environs dans le temple; un train spécial les avait amenés de Tramelan par centaines ; le fourgon postal lui-même était plein; les directeurs des fabriques d'horlogerie autorisèrent leurs ouvriers à quitter le travail et ceux-ci préférèrent le sâdhou à leur gain, de sorte que la réunion, à 3 h. dut avoir lieu en plein air, les gamins juchés dans les arbres... Un rayon de soleil éclaira la scène et tôt après la réunion, une nouvelle giboulée de neige s'abattit sur le pays. « Dieu, nous écrivit M. le pasteur Houriet, avait été avec son serviteur. » Il avait prononcé là son beau sermon sur la vie en abondance.

Ensuite, le sâdhou se rendit à Gessenay, parce que M. le pasteur Lauterburg, chargé de le traduire dans le canton de Berne, désirait le faire d'a bord dans sa paroisse La neige couvrait cette vallée, les montagnards, recueillis, graves, remplissaient le temple, une place avait été ménagée pour les voisins du Pays d'en-haut qui arrivèrent par train spécial. Ce fut une des belles soirées du voyage, la seule, nous dit-on, ou l'on vit les auditeurs pleurer et quand le sâdhou rentra a Lausanne, le 3 mars, il nous sembla que quelque chose était changé dans son attitude ; il se sentait chez lui « J'aime les Suisses » nous dit-il. Le merveilleux trajet alpestre de Gessenay à Montreux lui avait aussi rappelé quelque chose de son pays.

Le 3 mars, il eut à 5 h. sa première réunion à Lausanne, à l'église anglaise, heureuse occasion qui nous fut fournie de collaborer avec nos frères anglicans ; il était d'ailleurs indispensable que le sâdhou accomplît cet acte de courtoisie.
Le dimanche matin, 5 mars, il participa au cul te public de la petite église de Chailly et prit la parole après M le pasteur Metraux, sur ce tex te: « Veillez et priez ! » La présence en chaire, au culte ordinaire, d'un chrétien sorti du paganisme, le témoignage clair, catégorique et chaleureux de sa foi produisirent sur les assistants une impression profonde « J'ai eu, nous disait un auditeur, le coeur serré par l'émotion depuis le commencement jusqu'à la fin. »
Le sâdhou voulut bien s'adresser ensuite aux enfants de l'école du dimanche ; son allocution sur le jeune garçon qui fournit à Jésus les pains et les poissons a été sténographiée et publiée comme les autres discours. Voilà une leçon que ces, enfants n'oublieront pas; c'était si joli de les voir défiler devant Sundar Singh et lui tendre leurs petites mains.
Restait, pour cette journée mémorable, la première assemblée publique, annoncée spécialement pour les catéchumènes à 3 h00 de l'après-midi.
Que serait cette assemblée, par un radieux soleil, avec la concurrence des promenades et des sports ? Crainte vaine ! C'était pour la jeunesse ! Des centaines de personnes se sentirent jeunes pour l'occasion, si bien qu'il fallut au dernier moment quitter l'église de Saint- François pour se transporter devant le Tribunal fédéral. Comment dire la beauté de cette assemblée de quatre mille personnes, debout, recueillies, immobiles pendant une heure et quart, de ces chants enlevés avec élan, et là, en plein soleil, tête nue, ce fils de l'Inde exposant ce que c'est que d'avoir les eux de l'âme ouverts pour connaître vraiment Jésus-Christ ! La traversée de la ville, jusqu'au bureau de la Mission aux Indes, le sâdhou suivi de tous les enfants qui voulaient lui serrer la main, donnait une idée de ce qu'avait été le jour des Rameaux à Jérusalem.
Le lundi 6 mars, pendant l'après-midi, assemblée compacte dans le temple de Morges, décoré de fleurs ; on se rappellera toujours la comparaison de la Mer morte, sans issue, et des chrétiens qui gardent Jésus-Christ pour eux ! Les auditeurs avaient trouvé le temps de venir de toutes les localités environnantes, quoique ce fût un jour ouvrable. Le soir, la plus grande salle de réunions à Lausanne fut si remplie qu'il fallut fermer les portes et qu'alors les gens entrèrent par les fenêtres, et finalement écoutèrent par centaines depuis dehors. Le recueillement était tel que la voix du sâdhou et celle de son traducteur M. F. Rougemont, furent entendues partout ; chacun emporta ce mot final : « Ma voix ne vous sera pas de grande utilité ; rentrez chez vous et là écoutez la douce voix du Sauveur lui-même. » Un vibrant appel aux consciences et une imposante manifestation religieuse fut sans contredit la séance du 7 mars à la Cathédrale de Lausanne. Cette église, une des plus grandes de la Suisse remplie jusque dans ses derniers recoins
d'adorateurs venus des Alpes du Jura, de partout un chrétien arrache au paganisme exposant devant ses frères les expériences que Dieu lui avait accordées, comme autrefois saint Paul, disant à Antioche les merveilleuses conquêtes de l'Evangile en Asie ; la réponse de l'assemblée et de l'orgue dans des chants et des prières qui sortaient du coeur, il eut été difficile de voir quelque chose de plus simple et de plus profond ! Au pied de la chaire un vieillard chantait le dernier cantique « A toi la gloire ô Ressuscité... » . Ses larmes coulaient comme celles de Siméon ; il ferma son livre et s'écria à haute voix : «- Que c'est beau ! »
Quelques jours après, nous étions dans une réunion de mission dans un hameau des Alpes, par 1 m. 50 de neige ; un montagnard nous arrêta : « J'étais à la Cathédrale ! C'est un jour qui marque dans ma vie. J'étais heureux au milieu de mon peuple, avec ce frère venu de, chez les païens, qui était en chaire. En entendant la prière, en entendant l'orgue, mon coeur était saisi... » Impossible de suivre ainsi le sâdhou dans chaque localité, mais il faut dire pourtant avec quel amour il a été reçu par tous les pasteurs et professeurs, même par ceux qui ont été amenés à une conception différente du christianisme ; ils ont pu être attristés par certaines affirmations du sâdhou relatives aux études, surpris par son insistance sur certains points, comme le miracle et la divinité de Jésus-Christ, mais tous ont salué en lui un frère, un disciple authentique du Christ auquel Dieu a accordé des grâces et des expériences particulières, qui donnent à réfléchir et que l'on ne peut pas écarter sans examen. Cette impression très forte a été ressentie à Lausanne dans une séance spéciale pour personnes engagées dans l'oeuvre de l'Eglise et à Genève dans une séance de la Compagnie des pasteurs et du Consistoire. Il nous faut savoir enrichir notre vie religieuse quand des expériences nouvelles nous sont apportées par des chrétiens d'un milieu nouveau.
C'était frappant de voir ce chrétien jeune encore, sorti du paganisme, tout ébloui de la lumière du christianisme, au milieu de docteurs vénérables, têtes grisonnantes, et leur répondant avec un à-propos, une amabilité, une franchise qui lui gagnaient la sympathie. A Zurich, M. le pasteur Oscar Pfister qui avait publié une brochure très vive contre le sâdhou, déclarant que son genre de vie était un retour à l'ascétisme du moyen âge, qu'il était un illuminé et un thaumaturge, a retiré ces appréciations après l'avoir vu et entendu. Dans une lettre personnelle adressée à M. le pasteur J. Schlatter, président du Comité auxiliaire zurichois de la Mission canaraise, il écrit : « La piété vivante et l'éloquence populaire de cette noble personnalité m'ont laissé une impression profonde ; il produit même une impression beaucoup plus profonde que le livre de Schaerer ne le faisait supposer » (Biographie du Sâdhou, en allemand, par M. le pasteur Schoerer, d'Ittigen, publiée par le Comité zurichois de la Mission canaraise (Zurich Hoenggerstr 52)).
Il est regrettable que, le manque de temps, les difficultés de la langue, et l'indiscrétion du public aient empêché les pasteurs et les professeurs d'avoir avec le sâdhou des entretiens plus approfondis. Au moins, la campagne d'évangélisation a-t-elle pu se poursuivre avec un dévouement admirable de la part du sâdhou. A Genève, la vaste salle de la Réformation, où siègent les délégués de la Société des Nations, fut trop petite à deux reprises ; un groupe de quatorze jeunes gens, venus de France, se tenait à la porte de la Salle centrale, lors d'une soirée réservée aux collectrices des missions. « Ne pouvons-nous pas entrer, nous sommes déjà venus une fois inutilement ». Naturellement une place leur fut faite, à Berne une jeune fille arriva de Lugano et demanda à entrer, combien d'autres faits de ce genre pourrait-on citer ! A Neuchâtel, le 13 mars, l'assemblée se réunit à 8 h00 du soir sur la place publique et pendant trois quarts d'heure attendit le sâdhou en chantant spontanément des cantiques Le lendemain, à mille mètres d'altitude, à la Chaux de Fonds, avec la neige sur les revers, à 8 h00 du soir aussi, la réunion put de nouveau avoir lieu en plein air ; au Locle, le 15 mars, il en fut de même.
Le 16 mars, la campagne commença dans la Suisse allemande, à Bâle, où le sâdhou fut accueilli par les missionnaires suisses revenus des Indes et salué au nom de l'Eglise de Bâle par son président M. le professeur Handmann. Le premier discours du sâdhou fut un solennel avertissement sur ce texte : « Tiens ferme ce que tu as, afin que personne ne ravisse ta couronne. » Un missionnaire nous écrit : « Pour moi ce fut très encourageant et impressionnant d'entendre de la bouche d'un enfant de Dieu, du monde hindou, cet avertissement à écouter avec plus de soin la parole de Dieu. »

La seconde séance réunit trois mille personnes au Vereinshaus. A Zurich, où le sâdhou s'arrêta plus longtemps, il y eut tant de monde, le 19 mars à la Cathédrale, qu'on pria les auditeurs qui restaient sur la place d'attendre un peu. Quand le discours du sâdhou fut terminé, les auditeurs sortirent par une porte, et ceux qui attendaient sur la place entrèrent par une autre, de sorte que l'église se remplit deux fois de suite, et que le sâdhou prononça deux discours. A Saint-Gall, à Aarau, à Schaffhouse, à Thoune, à Berthoud et enfin à Berne, ce jeune apôtre de l'Inde fut écouté avec le même empressement et le même profit. Lors de la dernière séance à Berne, où des questions simples et pratiques furent posées au sâdhou sur la meilleure manière de prier, la joie du ciel, le rôle du paganisme dans la préparation spirituelle d'un converti aux Indes, les réponses furent particulièrement édifiantes. (Voir à la fin de ce volume, où les questions de Berne ont trouvé place.)

Mais quand nous avons demandé au sâdhou comment il se trouvait, il nous a répondu : « Je suis très fatigué », ce qui se comprend car une tournée de ce genre, unique probablement dans les annales de l'évangélisation et du réveil en Suisse, ne se fait pas sans un effort intense, rendu plus fatiguant encore par les habitudes de travail du sâdhou. Il n'écrit rien, mais s'impose une préparation intérieure toujours renouvelée par la prière et la méditation. Il a donné au public chaque jour un texte nouveau, soigneusement développé dans un discours nouveau, on y trouve des idées dominantes, des illustrations préférées, mais le discours lui-même n'est ni appris, ni répété ; il sort de la vie intime du sâdhou ; il est puisé dans sa communion avec Dieu. De là sans doute son action sur les auditeurs, malgré l'absence d'éloquence humaine.
Nous n'avons pas pu voir le sâdhou quitter Berne le lundi 27 avril, pour l'Allemagne et la Suède, sans un serrement de coeur. Nous lui exprimons ici encore la profonde reconnaissance de milliers d'auditeurs qui ont été raffermis dans leur foi, arrêtés sur le chemin de l'égarement, et devant la conscience desquels la question religieuse, s'est posée dans toute sa gravité. Nous demandons à Dieu que cette campagne d'évangélisation n'ait pas été seulement un sujet d'étonnement, ou d'émotion, mais le point de départ d'un réveil durable, et la révélation d'un état supérieur de vie chrétienne auquel nous devons parvenir. Puissent les pages qui suivent, traduction littérale de quelques-uns des discours du sâdhou, continuer d'approfondir, par la grâce de Dieu, L'oeuvre commencée dans les jours mémorables de mars 1922.

G.S.
La paix de l'âme.
Bienne, à l'Eglise française, le 28 février 1922.
Matthieu 11.28 : "Venez à moi vous tous qui êtes fatigués et chargés et je vous donnerai du repos."
Ce monde ne donne pas la paix.
Quand je suis arrivé, hier, dans votre pays, la beauté de ses paysages a provoqué mon admiration ? Mais les choses  belles et les pays magnifiques ne peuvent satisfaire nos âmes ; elles peuvent satisfaire nos yeux jusqu'à un certain point, mais pas nos âmes. Sans doute, c'est la création de Dieu et à travers la création, nous pouvons voir quelque chose du Créateur, mais l'homme et l'âme de l'homme ne peuvent être satisfaits que par le Créateur lui-même. Les hommes cherchent toute espèce de moyens pour trouver le repos et la paix de leur coeur, mais l'expérience prouve que les choses de ce monde ne peuvent les donner. Notre faim et notre soif peuvent être apaisées, mais non pas nos âmes. J'ai vu des millionnaires et leur ai demandé : « Sans doute, vous êtes contents de votre sort ; votre richesse vous satisfait ? » Ils ont répondu : « Non, absolument pas ! » J'ai rencontré des personnages haut placés, des rajas et des rois, et je leur ai demandé : « Etes-vous satisfaits ? » Ils m'ont répondu « Non ». Ils m'ont fait cette confession : « notre âme a des besoins, mais nous ne trouvons rien qui la satisfasse. » Beaucoup se sont efforcés de trouver ce repos de leur âme, mais ils se sont peu à peu lassés de cette recherche et ils sont tombés dans le désespoir.
Sâdhou Sundar Sin a fait l'expérience qui Christ donne la paix. C'est aussi mon expérience personnelle : j'ai essayé, dans la maison de mon père, de satisfaire mon âme par les jouissances du luxe et du confort. Rien n'a pu la satisfaire. Puis j'ai essayé de chercher le repos par les moyens qu'offrent les religions de l'Inde : Hindouisme, Bouddhisme, Mahométisme... Là non plus, je n'ai rien trouvé.

Je pris l'habitude de passer des heures dans la prière et la méditation, mais cela non plus ne me servit à rien. Il n'y avait pas de secours dans ces religions- là. Puis j'ai lu dans l'Evangile : « Venez et je vous donnerai le repos de vos âmes ». Je n'ai pu le croire ; je me suis écrié : « Comment, notre religion, l'hindouisme, qui est la plus belle religion du mon de, ne me donne pas la paix ! Et une autre religion pourrait me la donner ! » Et cependant, le Christ seul peut prononcer ces paroles; aucun autre ne peut dire « Venez a moi et je vous donnerai le repos... » Dans ce temps-la, je haïssais les chrétiens. Quand je voyais la Bible, je me disais : « il est possible qu'il y ait de très bonnes choses dans ce livre-la, mais il est contre notre religion ». C'est pourquoi je l'ai déchirée. Quand je voyais les missionnaires venir prêcher l'Evangile, je me disais : « ces gens là font du mal, ils sont venus tout gâter chez nous ». Quand ils passaient dans mon village je prenais des pierres pour les leur jeter et ordonnais à nos serviteurs de leur en jeter aussi. Je disais : « Le Christ n'a pas pu se sauver lui-même, commet pourrait-il sauver les autres ? » J'étais aveuglé. Je ne pouvais pas voir sa gloire. Je me rappelle le jour le 16 décembre 1904 où j'ai jeté au feu une Bible arrosée de pétrole, et l'ai brûlée. Je pensais faire mon devoir en obéissant à ma religion hindouiste, mais cela ne me fit aucun bien à moi-même. Finalement je devins tellement angoissé et tourmenté que je résolus de mettre fin à ma vie ; cependant, avant de commettre le suicide que je méditais, je voulus passer un moment en prière.
Après une heure et demie de prière, tout à coup il m'apparut quelque chose de merveilleux. C'était le 18 décembre ; il y avait deux jours que j'avais brûlé la Bible. Je vis apparaître la face glorieuse du Christ vivant. Il me dit : « jusqu'à quand continueras-tu à me persécuter ? Je suis mort pour toi, je suis le Sauveur du monde ». Je restai stupéfait. J'avais l'habitude de penser qu'il était mort, et voici, il était devant moi, c'était sa voix, et je le sentais me pénétrant de part en part comme un courant divin. Et je lui consacrai ma vie. C'est là que se trouve la paix, la joie vivante. Quand j'allai vers mon père, il était encore nuit ; c'était de grand matin. Je lui déclarai que j‘étais chrétien. Il me dit : « ce n'est pas possible, avant hier tu brûlais la Bible ». Je lui répondis : « j'ai vu le Christ ; il est vivant. Il m'a donné cette paix que nul autre n'a pu me donner ». Mes parents et mes amis vinrent me trouver et me posèrent la même question. « Je persécutais le Christ, dis-je, parce que je ne le connaissais pas. Maintenant je le connais ; je ne vous prêche pas quelqu'un qui me soit étranger. » Je leur disais encore : « autrefois j'avais entendu parler de lui, mais je ne le connaissais pas Lui-même.»
Pour avoir la paix il faut connaître Christ personnellement. Beaucoup de chrétiens sont dans le même cas. Ils ne connaissent pas Jésus lui-même. Voici la différence qu'il y a entre « savoir quelque chose de Jésus-Christ » et « Le connaître lui-même » quand je connaissais quelque chose de lui, je le haïssais, mais maintenant, je Le connais, lui, et je l'aime. Beaucoup d'hommes prétendent être chrétiens et vivre une vie chrétienne mais ils n'ont pas la paix, le repos, et ils les cherchent ailleurs, même dans le péché. C'est parce qu'ils ne connaissent pas Jésus-Christ. Connaître les choses qui concernent Jésus-Christ, cela ne sert a rien, il faut le connaître lui-même Nous pouvons comprendre ce qu'on dit de Lui en lisant des livres, mais Lui, nous ne pouvons le connaître que par la prière. Je connaissais les choses qui concernent Jésus-Christ Cela ne me servait à rien. Mais j'ai commencé à prier, il s'est révélé à moi, et dès lors j'ai pu dire aux autres : « connaissez-le il vivra en vous, et vous donnera véritablement le repos de vos âmes ». La paix de Christ subsiste dans les jours mauvais. Cette paix, nous ne l'avons pas seulement lors que tout va bien, mais c'est au
milieu de la persécution et des souffrances qu'elle nous inonde.
Au Tibet, je fus jeté une fois dans une citerne où je restai trois jours sans nourriture et sans rien à boire. La porte était scellée et il faisait complètement nuit ; il y avait à côté de moi des cadavres. J'eus l'impression d'être en enfer ! Alors monta dans mon coeur une tentation : « où donc est ton Christ ? Tu vois qu'il ne te sert à rien ; il n'a pas pu t'aider, il ne vient pas à ton secours... » Mais, pendant ces trois journées de souffrances passées au fond de ce puits, avec mon bras brisé, dans la puanteur dégagée par les cadavres, je me souviens aussi de la joie de mon coeur que rien ne pouvait me ravir... Et j'ai fait la comparaison : « dans la maison de mon père, je n'avais ni repos, ni calme, et maintenant, dans cet enfer, j'ai la paix. Cet enfer devient le ciel ! »
Voilà réalisée la promesse de Jésus d'être toujours avec nous. Jamais je n'aurais pu me figurer d'avance que la paix du Seigneur pourrait inonder un coeur dans des conditions si difficiles ; c'était la paix « qui surpasse toute intelligence... »
Je fis ensuite une autre expérience merveilleuse au moment où je croyais passer dans l'autre monde, j'entendis la porte s'ouvrir, une main me lança une corde, mais lorsque j'arrivai à l'air libre, il n'avait plus personne ! Alors je compris qu'il est toujours là pour nous tirer de la détresse.
Non, le temps des miracles n'est pas passé, mais le temps de la foi est en train de s'en aller. Vous direz peut-être que c'était un rêve et que c'était un être humain qui a ouvert la porte de la citerne et m'a délivré... Les hommes ne peuvent pas remettre un bras cassé en le touchant simplement... et une main me toucha le bras et le guérit. Ce ne sont pas les mains des hommes qui font cela, mais la main du Seigneur. Je peux prêcher le Christ, non parce qu'il est parlé de lui dans la Bible, mais parce que j'ai connu qu'il est le Christ vivant. S'il n'était pas le Christ vivant je ne prêcherais pas l'Evangile que j'ai brûlé il y a quelques années seulement. Je ne serais pas disposé à souffrir pour Lui, quand même il a souffert pour moi...
La paix du ciel commence ici-bas. Il y a de malheureux chrétiens qui se réjouissent d'être dans le ciel après leur mort, mais ils ne se rendent pas compte que le ciel doit commencer sur la terre. Je ne crois pas à cette religion qui promet un ciel pour plus tard. Si nous nous donnons à Christ, nous reconnaîtrons que le ciel commence ici même...

(la suite dans le document pdf ci-dessous) :

Sadhou Sundar Singh, document Adobe pdf

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